Amanu, dernière escale aux Tuamotu

Fête de Noël des écoliers.

Placé à mi-chemin entre les Gambier et les Marquises, le petit atoll d’Amanu est parfait pour attendre une météo favorable. L’unique village est si petit qu’on a tôt fait de rencontrer ses habitants.

Pas d’aérodrome, pas de liaison maritime régulière avec d’autres îles et même pas de cargo-goélette au quai, Amanu vit dans un certain isolement que la proximité avec Hao, une île assez développée, ne rompt pas vraiment. En pénétrant dans l’atoll, nous comprenons pourquoi les bateaux de ravitaillement restent à l’extérieur lors de leur passage toutes les 3 semaines. La passe étroite, bordée de déferlantes des deux côtés, fait à peine 10 mètres de profondeur. Les premiers jours, perplexes devant l’exiguïté du port — 4 places pas une de plus ! —nous ancrons devant le village d’Ikitake. Or, sous la coque, c’est un champ de mines. Les patates de corail s’élèvent comme des pièces montées d’une dizaines de mètres et notre ancre se coince dans l’une des anfractuosités. Aidé d’un apnéiste hors pair —Steven plonge facilement à 20 mètres —, Jean-Marie nous sort de ce piège.

L’arrière-port d’Ikitake. Malgré l’antenne, peu d’Internet et parfois même pas de réseau téléphonique.

Excursion dans la passe

Ce paysage sous-marin chaque fois différent nous attire. Le courant est entrant, chouette ! direction la passe ; dans la faille centrale d’un bleu profond, plusieurs sortes de requins évoluent calmement. Fonceuse mais pas toujours observatrice, Coline plonge à moins de 2 mètres de deux requins dormeur ! Réveillés en sursaut, les beaux spécimens détalent dans un mouvement d’humeur pendant que Coline tente désespérément de nager en arrière. Des napoléons balèzes, une murène qui, gueule ouverte, semble cracher son fiel depuis son trou, plusieurs balistes olivâtres, des poissons trompette d’au moins un mètre et une myriade d’espèces inconnues et colorées. La balade nous plaît tellement qu’on reprend trois fois l’ascenseur.

La passe d’Amanu

Amanu, centre-bourg

Désormais ancrés dans la darse, nous avons l’impression d’habiter au village aux côtés de la centaine de personnes qui y vit à l’année. Mairie, gendarmerie, poste, deux épiceries, deux églises (une catholique, une mormon) et une école primaire, voilà en sommes les services qui concentrent les emplois. La maîtresse nous accueille à l’occasion d’une matinée portes ouvertes, puis, le soir même, nous assistons au spectacle de Noël réalisé par les enfants. On serait bien resté encore plusieurs semaines dans ce petit coin sympathique, et ce d’autant plus que le mariage du très jeune maire se prépare en grandes pompes ; bien entendu, comme tous les habitants, nous sommes invités. Mais le vent souffle presque dans la bonne direction. Alors cap sur Les Marquises pour se gaver de fruits et gravir les montagnes verdoyantes !

Réparation de voiles sous les yeux attentifs des enfants.

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Sport à la carte à Fakarava

Le mouillage d’Hirifa à Fakarava

Dans l’archipel des Tuamotu, la chance sourit aux enfants. Pendant une semaine, nous cohabitons exclusivement avec des bateaux-famille dont les 12 mousses donnent au mouillage d’Hirifa un joyeux air de colonie de vacances.

Fakarava est mondialement connu pour ses spots de plongée sous-marine. Aussi est-ce l’occasion de s’initier à la plongée en bouteille. Coline, 11 ans, effectue son baptême dans la formidable passe de Tetamanu, légèrement au sud de notre ancrage. À 6 mètres de profondeur, elle rencontre de près de volumineux napoléons – empereurs imperturbables –, plusieurs requins pointe noire qui font leur vie sans se soucier d’elle, un banc de perches pagaies qui lui barre littéralement la route… et des centaines de petits poissons multicolores passant au ras du masque.

Rassemblement de poissons raton-laveur.

Poisson trompette bien embouché.

Vite, vite, des copains !

La bouteille de plongée tout juste déposée, Coline attrape le paddle, embarque sa petite sœur et rejoint les copains du mouillage. Baignades, plongeons, constructions géantes en Playmobil, trajets en planche… les filles sautillent d’un navire à l’autre comme des puces de sable. La VHF ne sait plus où donner de la voix : « Appel d’air pour Vanille », « Balanec pour Bulle »… Mais c’est le monocoque Zimovia qui finit par attirer toute la marmaille en mal de sensations fortes. Cette famille d’Alaska transporte à son bord un nombre impressionnant de jouets : paddles, planche de wake, skis nautiques, bouée à tracter et même un catamaran gonflable ! L’Happy Cat de (4 mètres) embarque la dizaine de gamins dans des virées dirigées par Scott, 11 ans. Puis, Garret, le père, tire tout ce petit monde accroché à la bouée gonflable. Merci pour l’animation ! Coline et Erell sont aux anges.

Du vent dans les ailes

Tandis que les enfants s’éclaboussent, les parents font de belles gerbes d’eau. Grâce à un long banc de sable lappé par des eaux peu profondes, Hirifa est un spot idéal de kite-surf. Adrien, moniteur fondateur de la Tuamotu Kite School, y a d’ailleurs établi son campement à l’année. Pendant que les novices prennent des cours, les spécialistes multiplient les « runs » et les figures. Les ailes et les planches passent de main en main pour s’entraîner à de nouvelles combinaisons. Deux ans après mon ultime session de kite en Martinique, je remets les pieds dans les foot-straps. Coachée par Jean-Marie qui me suit en annexe, je suis ravie de me voir filer comme un bolide pendant plusieurs minutes de pur plaisir.

Jean-Marie vue de haut

Feu de camp et barbecue

En fin d’après-midi, les équipages se retrouvent sur la plage. La slake-line est tendue, les balles de jonglage circonvolent, le diabolo rebondit… Tous les natifs de novembre ont droit à leur annif’: Pierre, Lucas, Noémie et Scott. Pour ses 11 ans, l’Américain reçoit un couteau et un fusil de chasse sous-marine, « c’est pas vraiment des cadeaux pour un enfant », s’offusque Erell. Et quand Noémie, 6 ans, se voit offrir une boîte de forets (« parce qu’elle pique toujours ceux de son père »), Erell commence sérieusement à s’inquiéter. Elle n’a pas commandé de machette pour Noël ni de démanilleur ! A la tombée de la nuit, pour fuir les moustiques insistants, on s’installe autour d’un feu dans lequel cuit la pêche du jour. Vraiment sympa ce camp de vacances !

Gâteau d’anniversaire « typiquement américain »

Coline dort à la belle étoile.