Crapahutages sur Moorea

Si Tahiti fut baptisée La Nouvelle Cythère par les explorateurs occidentaux, sa voisine Moorea mériterait, de nos jours, davantage cette appellation. Peu urbanisée et d’une beauté éclatante, elle invite à une langueur doucereuse. Bien sûr, nous ne pouvons nous contenter d’admirer, il nous faut grimper ou plonger dedans !

Forteresse tropicale, l’île est émaillée de pics qui se succèdent tels des créneaux défensifs. On se demande si un funambule a déjà tenté d’escalader la multitude de crêtes ou de gravir le Tohiea (1207 m) tellement les parois semblent impraticables. Pour jauger le mont Rotui (899 m), nous trottinons d’abord sur la route bitumée. Dès qu’elle s’étiole en une piste de terre rouge, les trottinettes sont jetées dans un fossé, attendant sagement notre retour.

Bouquets sauvages

Au départ de la baie de Cook, de larges sentiers forestiers permettent de progresser facilement, le regard aimanté par l’extraordinaire végétation. Avant de décorer les jardins particuliers, les fleurs distillaient leurs couleurs vives au plus grand hasard de la forêt : gardenia (tiare), épis d’or, queue de chat, rose de porcelaine, héliconia, poinsettia… Comme les bougainvillées, les poinsettias sont dotés de fleurs insignifiantes. Leur remarquable couleur provient de leurs feuilles qui, organisées en collerette, se teintent de rouge puissant la moitié de l’année. Et oui, on pourrait négliger les feuilles comme si elles participaient plus modestement au tableau végétal. Il n’en est rien. Avec ses grandes mains d’un vert velouté dessus et d’un rouge pourpre dessous, le miconia magnifica, un arbre originaire du Mexique, contribue au bouquet floral. Tout comme les différents crotons dont les feuilles d’un vert profond se tachent de rose ou de jaune suivant l’humeur.

L’alpinia (opuhi uteute en tahitien) reste le plus sûr ornement des églises.

Vers Afareaitu, des sentes caillouteuses et étroites, gorgées d’humidité et presque privées de lumière manquent de nous faire chuter à cause des racines pernicieuses des banians. Suant sang et eau dans cette étuve, nous finissons par atteindre de prodigieuses cascades. Quelle récompense de se baigner dans une vasque d’eau douce presque froide !

Une cité-dortoir paradisiaque

Hilton, Intercontinental, Sofitel, Manava, Hibiscus, feu Club Med…, Moorea accueille toute une clientèle de vacanciers, sans compter les Tahitiens qui s’y mettent régulièrement au vert. La population, 16 000 habitants, est aussi bien accrochée à son rocher. Ici, pas de ville bruyante mais une petite dizaine de villages reliés les uns aux autre par une unique route circulaire de 62 km. La vie y est paisible, indolente pour certains. Bien que les complexes hôteliers, les commerces de proximité ou encore l’usine de jus de fruits assurent des débouchés, nombre de personnes travaillent sur Tahiti. Sur les quais de Vaiare, l’Aremiti Ferry effectue chaque jour plusieurs rotations, surtout le matin et le soir. Antoine, qui nous accueille chez lui avec ses deux petites filles, en est l’un des passagers réguliers. Depuis 10 ans, il préfère une heure de navette maritime et de scooter aux sempiternels embouteillages de Papeete. A le voir si détendu, on veut bien le croire !

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Des activités à gogo

Golf, quads, 4×4, vélos électriques, parachute ascensionnel, ULM, stand-up, pêche sous-marine, plongée en casque de scaphandrier ou en bouteille, nage avec les dauphins, bouée tractée, jet-ski et même pédalos à voile ! Moorea apparaît comme un vaste parc d’attractions et Balanec, au milieu de cette agitation, finit parfois dans l’album photo de touristes japonais ! Parmi les nombreuses excursions, le clou du spectacle revient à l’observation des baleines. Depuis un bateau mais aussi dans l’eau, à quelques dizaines de mètres seulement de ces reines et de leur bonne vingtaine de tonnes. Plus classique, nous nous satisfaisons de deux épuisantes heures de marche vers le col des ananas et deux heures de grimpette dans les arbres pour les filles – les parents ayant déclaré forfait (mais où trouvent-elles toute cette énergie ?).

Des tikis au fond de l’océan

Coté mer, nous prenons l’option de nager avec des raies, frôlés par des requins pointe noire se faufilant entre nos jambes sans sourciller. Tout à son aise, Coline s’ébat lors de ces plongées qu’elle partage avec deux nouvelles amies. Emma et Emilia sont mi Norvégiennes, mi Colombiennes, elles viennent de Singapour où elles fréquentaient une école chinoise. En espagnol ou en anglais – le mandarin et le norvégien n’étant pas enseignés sur Balanec –, le courant passe quand même ! Aussi partent-elles toutes les trois à la recherche de coquillages, de coraux et de singulières statues immergées. Le sculpteur Guy Tioti a en effet placé par 3 m de fond, dans la baie d’Opunohu, plusieurs tikis en pierre. Couverts d’un fin duvet d’algues, ces dieux posent sur nous leur regard aveugle mais ô combien expressif de sorte que, quasi recueillis, nous les caressons du bout des palmes.

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Plongée « divine »

Seule Erell, qui ne se lasse pourtant pas d’étudier les cétacés, observe ce « lagonarium » de l’annexe, angoissée par les « monstres océaniques ». Comme si elle discernait une sorte de frontière, la fameuse ligne rouge de confidentialité que tout un chacun respecte à la banque. Toujours plus près, est-ce une bonne chose ? A moins que, instinctivement, elle ne soit habitée par l’ancestrale peur du bleu, comme nomment les Tahitiens, non sans superstition inquiète, les hautes profondeurs. De toute façon, pour les rencontres exceptionnelles, mieux vaut faire confiance… au hasard.

Les cordyline (auti en tahitien) forment des haies autour des maisons.

Caladium du Brésil ou palette de peintre : le nom est bien choisi pour cette espèce horticole qui associe le rouge à un fond vert sur fond marbré.

Alors, Jean-Maï, on pose ses valises à Moorea ? Comme Bernard Moitessier en 1978 ou Olivier de Kersauzon.
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3 réflexions sur “Crapahutages sur Moorea

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