Quand le départ est un retour…

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La croix de Mekiro, aux Gambier

Fakarava, vendredi 13 juillet. Le « vini » sonne, je décroche : « Ton père est mort ». Comment, dès lors, revenir le plus vite possible quand nous avons mis 2 ans pour atteindre l’eldorado polynésien ?

Abasourdis par la nouvelle, les enfants pleurent leur grand-père à chaudes larmes. Figés dans une gravité et un silence épais, Jean-Marie et moi-même laissons notre conscience divaguer. Un quart d’heure de flottement interrompu par ce mot d’ordre : « On part ». Non, cette fois-ci, on rentre. La communication téléphonique était si mauvaise que, en trois appels successifs de moins d’une minute, je n’ai pu dire que l’essentiel : « Maman, j’arrive ! » Oui, mais quand ? Nous sommes dans l’archipel des Tuamotu, à 500 km de Tahiti, soit 3 jours incompressibles de mer.

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Le cœur entre deux eaux…

Ambiance mystique des nuits hauturières 

Gestes routiniers d’un départ bien rodé. Le moteur joue sa petite musique, nous relevons l’ancre, moi à la barre, Jean-Marie derrière le davier. Les filles se réfugient devant un dessin animé. Nos copains sur le catamaran Vanille nous précèdent. Dans leur sillage est lâché un ballon de baudruche blanc. Les heures passent, silencieuses. Quand le rideau de lumière est tiré, je me retrouve, presque confortablement, dans cet entre-deux-mondes que seul un quart de nuit peut offrir. 

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Tahiti : on se rapproche de l’arrivée

Le lundi 16 juillet, au petit matin, nous émergeons de notre bannette et découvrons les pics verdoyants, auréolés de brume, de la très belle Tahiti. Papeete se réveille aux cris d’efforts des pratiquants de pirogue polynésienne qui s’apprêtent à disputer les championnats du monde de « va ´a ». Au dessus de nos têtes, des avions survolent sans discontinuer le plan d’eau. En cette période de vacances, il va falloir jouer des coudes pour se frayer une route au milieu de l’agitation urbaine. 

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Bienvenue en ville !

Course contre la montre

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Dès lors, le compte à rebours démarre. Nous appelons toutes les marinas, tous les chantiers navals de Tahiti pour déposer Balanec ; nous trouvons une unique place – chère – au port de Papeete qui risque de nous passer sous le nez dans les heures suivantes et une possibilité sur l’isthme de Taravao à quelques milles de là. Mais la mer est grosse désormais et le vent pile dans cette direction ; naviguer dans 3 mètres de houle au près, c’est anti marin, voire dangereux. 

Des assureurs qui assurent

En parallèle, nous contactons les assurances pour connaître les conditions de rapatriement dans le cadre d’un décès (contrat Marco Polo chez AVI pour la santé ; contrat Grand large chez Coris/April pour l’assistance et le rapatriement). Au fur et à mesure que les appels s’enchaînent, les bonnes nouvelles arrivent. D’un seul billet pris en charge (le mien), nous obtenons le rapatriement des quatre membre de la famille. Et, sauf rétractation du service comptabilité (!), il s’agit bien des aller-retour et non des allers simples.

Tout recevoir sans même demander

Jean-Marie et moi-même campons littéralement sur le parvis du Yacht Club d’Arue pour profiter gratuitement de leur accès internet, d’ordinaire payant. Nous voyant par terre nuit et jour avec nos ordinateurs – et oui, 12 heures de décalage horaire avec la France –, Hervé , le gérant du Yacht Club nous installe un véritable QG : table, chaises, connexion internet, imprimante et régulières attentions : « Ça va ? ça avance ? ». De toutes parts, qu’il s’agisse des bateaux-copains, du personnel du Yach Club, des Tahitiens, nous recevons du soutien, des mots d’encouragement, des sourires apaisants. Lili et Pierre prennent sous leurs ailes Coline et Erell, nous invitent à déjeuner et nous assistent pour les décisions compliquées. Hervé nous enlève la dernière épine du pied en nous annonçant que Balanec est – fait exceptionnel – le bienvenu au mouillage du Yacht Club jusqu’à notre retour, mi-septembre. Quel soulagement ! Je suis submergée de gratitude. On nous prête une voiture, on nous emmène à l’aéroport. « Ça y est, maman, j’arrive, j’arrive vraiment. »

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Le mercredi 18 juillet, nous survolons le Pacifique et, après quelques battements d’ailes – 24 heures dans la vie des hommes – nous revenons à la maison.

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