Tous volontaires dans une asso au Guatemala

Antigua_Nahuala10112017-20171109_204253-1Formule répandue dans le pays, le volontariat contribue au soutien de nombreux projets tout en offrant un contact direct avec la population. A Nahuala, nous passons une semaine chez Francisca et ses deux adolescents : leur maison accueille les activités de l’association Asodi.

Fondée par une poignée de motivés en 2014, Asodi poursuit un but éducatif, social, artistique. Une bonne centaine d’enfants, de jeunes et de femmes profite des différents ateliers : anglais, couture, tissage, informatique, cuisine, musique… on ne va pas s’ennuyer !  Antigua_Nahuala09112017-20171109_074655-1

Jeudi : informatique

Avec Rocaël, enseignant en primaire et président d’Asodi, Jean-Marie et moi-même tentons d’améliorer le site web de l’asso, ses comptes twitter et facebook. Surtout, on note les besoins en clichés et vidéos afin de les réaliser durant notre séjour.

Pendant que nous pianotons sur les écrans, les enfants voisins défilent dans la maison. Pratiquement chaque jour – ce sont les grandes vacances –, six d’entre eux répètent des airs traditionnels à partir d’un gros tambour, de maracas et de flûtes à bec. Coline est invitée à manier le bâton de pluie. Sans partition, simplement en imitant les plus grands, les petits musiciens apprennent les mélodies. Quel plaisir de les entendre !

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Vendredi : couture

Pour animer l’atelier, j’improvise un petit ouvrage que les participantes reproduiront. Sur les conseils de Francisca, je réalise un range-couverts afin que couteau, fourchette et cuillère demeurent impeccablement propres sur la table. Les femmes arrivent les unes à la suite des autres, un enfant dans une main, le bébé sur le dos. Elles choisissent leur machine parmi les modèles professionnels, amateurs ou ancestraux (ah ! la Singer) ; avec persévérance, elles cousent tout en devisant et riant de bon cœur.

Samedi : entre maïs et immondices

Antigua02112017-IMG_0347-2Pour préparer le repas – maïs bouilli au menu –, nous suivons Francisca dans ses plantations et coupons les épis bien mûrs. Chaque famille dispose d’un terrain plus ou moins grand qui lui fournit sa récolte de maïs et de haricots secs. Tout en déambulant entre les tiges, nous longeons le rio Nahualate. Etouffée par les déchets plastique, l’eau ne s’écoule plus qu’en mince filet et les berges, véritable tas d’ordures, font peine à voir. « Pourtant, il y a 7 ans, mes enfants se baignaient ici dans une eau cristalline », rapporte Francisca. Depuis quelques mois, celle-ci réfléchit à un projet de dépollution de la rivière. Tout en l’écoutant, je rédige un article pour le site web d’Asodi sur ce sujet.

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Francisca parmi ses maïs

Dimanche : cours d’anglais…

Alejandra, une étudiante en sciences politiques, dispense, comme volontaire, les leçons d’anglais avec une belle énergie. Je suis soufflée par l’attention du groupe, même les enfants de 6 ans prennent des notes sur les verbes irréguliers.

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… et français

Au bout d’1h30, le cours se poursuit en français. Coline et Erell écrivent les mots en français sur le tableau, Jean-Marie leur correspondance en anglais et moi j’anime la séance. Après les formules de base « Bonjour, merci, au revoir…», Coline fait compter les enfants et mamans jusqu’à 10. Enfin, nous répondons à leurs questions en espagnol : « Comment sont les toits en France ? Est-ce que vous avez aussi la semaine sainte ? Il faut un visa pour aller en France ? Les Français ne mangent pas de tortillas ? mais qu’est-ce qu’ils mangent alors ? ». A la fin de la séance, Alejandra s’attarde un bon moment avec Rocaël qui lui enseigne le k’iche. Vivant à Quetzaltenango, la deuxième ville du Guatemala, et d’origine ladino et non pas maya, Alejandra ne comprend pas cette langue. Un handicap selon elle car un grand nombre de la population régionale la parle quasi exclusivement.

Regarder la vidéo

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Cours de français en famille

Lundi : cuisine…

Le matin, Jean-Marie lance l’atelier pain, vivement attendu. Faute de four, la miche est cuite au gaz, sur le « comal », la plaque dédiée aux tortillas. Tandis que Coline dirige l’atelier crêpes, je montre la recette des galettes de pommes de terre. Pendant la cuisine et au lors de la dégustation, on recommande de bien badigeonner crêpes et galettes de beurre demi-sel : c’est la première fois que ces femmes y goûtent !

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… et tissage

L’après-midi, Francisca déballe toutes ses tenues dont la majorité a été tissée par Catarina ; celle-ci travaille comme aide ménagère chez elles. On se croirait dans une boutique d’art créatif, au milieu des « güipil » (hauts), « corte » (jupes) et ceintures chatoyants. Les motifs sont d’une précision extraordinaire et dévoilent des animaux fabuleux, des personnages symboliques et pléthore de signes mayas. Pendant près de 4 heures, nous suivons les étapes allant de la simple bobine de fil au tissage. Jean-Marie filme tout et monte une petite vidéo pour leur site internet.

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Mardi : cerfs-volants…

Les enfants, une bonne trentaine, se retrouvent à l’école de Palanquix Loma pour fabriquer des cerfs-volants. Habiles, ils découpent les feuilles de papier crépon, les collent et les appliquent sur une petite structure composée de fins bâtonnets, le tout est lié par des fils. Coline et Erell observe que ces enfants se fabriquent leurs propres jouets. Le cerf-volant est une tradition très vivante au Guatemala, en particulier au mois de novembre qui célèbre saints et morts.

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… et mathématique maya

L’après-midi, Francisca nous initie à la numération maya. Peu usitée de nos jours, cette connaissance est néanmoins exigée sur tout curriculum vitae. Pour faire court, elle fonctionne sur la base de 20 ; les chiffres s’écrivent en étage à l’aide de points et de traits verticaux.

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Mercredi : promenade en montagne

Rocaël nous emmène jusqu’à la cascade d’eau qui abreuve toute la ville de Nahuala. Nous cheminons dans une nature somptueuse, respirons un air pur avant d’atteindre la chute d’eau tonitruante. Baptisée « Nahualja » qui signifie en k’iche « esprit de l’eau », la cascade a donné son nom à la ville avec qui elle a lié son destin. De cette source partent des dizaines de tuyaux qui alimentent les villages et quartiers. Chaque communauté est responsable de sa canalisation et, avec cette organisation, l’eau demeure gratuite.

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Jeudi : fête d’adieu

Sur « El Rey K’iche », joué par les enfants, Francisca, Antonia et sa fille se mettent à danser pieds nus (on n’est pas loin des 15 degrés, et oui ! 1800 mètres d’altitude !), mimant l’offrande aux dieux mayas. En remerciement, nous recevons une ceinture tissée, une meule de pierre ! et des ocarinas en forme d’oiseaux pour les filles. L’après-midi et la soirée, nous dégustons les fameux tamal, le plat très apprécié des Guatémaltèques.

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Les besoins de l’association

Valoriser l’identité maya tout en ouvrant vers d’autres horizons, c’est, en résumé, l’ambition des fondateurs d’Asodi. Et un moyen de renforcer l’estime de ce peuple tranquille, voire résigné. Pour l’heure, les projets concernent l’achat d’une marimba, instrument indispensable à tout groupe de musique, et celui d’une surjeteuse afin de parfaire les travaux de couture. L’association est en quête de soutien financier.

https://asodinahuala.wordpress.com/

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Pour s’engager comme volontaire au Guatemala, ENTREMUNDOS fédère la grande majorité des associations :

http://www.entremundos.org/

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La Toussaint au Guatemala, quelle fête !

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Le 1er novembre, le pays célèbre ses morts et, par la même occasion, expose la diversité de ses traditions. Ce jour-là, les cultes mayas et catholiques font montre de toute leur vitalité.

Antigua04112017-IMG_0405-1Dans le ciel de Toussaint, une multitude de cerfs-volants frétille, légers oiseaux de papier retenus par un fil invisible. Ces jouets sont censés communiquer avec l’âme des morts voire les repousser afin que les Guatémaltèques vivent en toute tranquillité.

 

Des géants de papier

A Sumpango, on vient de loin pour admirer certains spécimens dépassant les 20 mètres d’envergure. Dans un stade de terre, situé au sommet d’une colline, une cinquantaine de cerfs-volants sont exposés et notés ; des juges évaluent leur taille, leurs motifs, leurs couleurs, leur originalité et leur aptitude au vol. Car certains prennent un bel élan tandis que d’autres piquent du nez au milieu de la foule effarouchée.

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Chaque cerf-volant est le travail d’un cercle d’amis, d’un groupe d’étudiants, d’une association et chacun véhicule un message : le refus de la corruption, la défense des droits des femmes, le respect des animaux de la jungle… réalisés avec un art du graphisme assuré. Nous n’avons pas assez d’yeux pour tous les détailler. Certains sont en cours de montage ; des hommes découpent de longues cannes de bambous, les nouent entre elles et une dizaine de jeunes attachent l’œuvre sur cette structure de bois. Au moment où le géant de papier se dresse, la foule pousse un cri d’admiration.

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Car du monde, il y en a ! Rien que pour arriver sur le lieu, nous avons voyagé dans un bus bondé à craquer : plus de 100 passagers dans un 48 places ! Cela paraît inimaginable mais au Guatemala, c’est possible !

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Défilé de mode traditionnelle

A Sumpango, la Feria del Barrilete Gigante est aussi une sortie dominicale. Les femmes surtout ont mis leur plus belle tenue. C’est un formidable défilé de costumes multicolores. Pour immortaliser l’événement, des photographes tirent le portrait des familles. Munis d’une petite imprimante portable, ils vendent leurs clichés comme des petits pains. Tous profitent des nombreux stands de nourriture, de glace, de jouets en plastique et de souvenirs artisanaux. Et, bien sûr, on fait voler son petit cerf-volant fait-main dans un chaos de fils.

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Recueillement joyeux au cimetière

A Nahuala, nous accompagnons une amie sur le sépulcre de ses grands-parents. On prévient nos filles : « c’est un lieu sacré, on marche, on garde le silence, on respecte les tombes ». Or, quand on entre dans le cimetière, des centaines de personnes y font la fête !

Antigua02112017-IMG_0355-1Installées pour la journée sur les tombes de leurs défunts, les familles pique-niquent, discutent, plaisantent au son de l’orchestre. Les plus jeunes font virevolter leurs cerfs-volants en galopant sur la dernière maison des défunts. On n’en revient pas ! Le soir, de petits autels en branches de pin sont édifiés devant les sépultures, souvent une simple butte de terre, illuminée par des bougies.

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La marche funèbre des Ladinos

Antigua01112017-DSCN1724De retour à Antigua, nous assistons à une procession catholique dans le pur style espagnol. Encensées par des hommes en complet noir, les ruelles sont jonchées de pétales de fleurs. Une musique d’une tristesse inouïe, servie par un orchestre de cuivres, annonce l’arrivée du cortège. Des bonhommes encapuchonnés, tels des comploteurs, brandissent des bannières dorées ; derrière, apparaît le char resplendissant, mesurant bien vingt mètres de long, sur lequel le Christ agonisant est pleuré par la Mater Dolorosa. La statuaire est impressionnante de par sa taille et l’expression des visages. Antigua_Nahuala10112017-20171101_204758

 

Mais, ce qui m’intrigue le plus, ce sont les croyants. En noir de la tête au pied – costumes pour les hommes, jupes, collants et mantilles pour les femmes –, ils se relaient à porter l’énorme char. Ils sont plus de 100 de chaque côté à l’épauler, le visage inspiré, les yeux fermés, dans une dévotion manifeste. Le char tangue à droite, à gauche, les porteurs, genoux fléchis, avancent, reculent, toujours en harmonie. A l’arrière, des hommes en chasubles poussent de toute leur force le mastodonte. Cette marche funèbre progresse à pas lent, tout l’après-midi et jusqu’à presque minuit, dans les rues de la cité.

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