L’improbable archipel des San Blas

Isla verde0058Au Panama, les croisiéristes sont aimantés par les San Blas, territoire des indiens Kunas. Quelque 340  îlots aux cocoteraies florissantes, protégées par des forêts de palétuviers au sud et de longues barrières de corail au nord. Escale après escale, en deux mois, nous découvrons la vie sous toutes ses formes.

A Walsaladup, la vie sous-marine grouille autour des patates de corail.

SanBlas15012018-IMG_0032Calamars peinards, poissons-flûte à qui ne manque que les trous, diodons ronds comme un ballon, girelles bicolores, raies léopard à la livrée noire tachetée de bleu et aux envols gracieux, chaque sortie snorkeling apporte son lot de frissons. Et, cerise sur le gâteau, tout se mange aux San Blas : mérous, barracudas, poissons chirurgiens, anges, perroquet feu… car la zone est exempte de ciguaterra, une maladie transmise à l’homme par certains poissons et qui affecte la plupart des espaces maritimes coralliens, des Antilles à la Polynésie. Fins pêcheurs, les Kunas proposent aussi langoustes, lambis, crabes géants, poulpes et même de délicieuses araignées de mers.

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A Canbonbia, on nous explique la gestion communautaire des îles.

Détenues par une famille ou plusieurs, les îles ne sont jamais propriété individuelle et encore moins étrangère. A tour de rôle, les membres du groupe y séjournent, entretiennent la cocoteraie et vendent les noix de coco aux Colombiens.

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A Tiadup, on se promène parmi les déchets.

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Tout l’archipel est concerné. Poste avancé dans l’océan, les San Blas réceptionnent les déchets du large, bouteilles en plastique pour l’essentiel mais aussi polystyrène et un nombre incalculable de chaussures. Avec un peu de patience, on trouverait la paire ! Aussi la gestion des ordures locales est-elle problématique. Comme nombre de croisiéristes, nous brûlons nos poubelles : les boîtes de conserve et les pots en verre finiront par le fond à la prochaine navigation hauturière.

A Calubir, on cuisine la coco à gogo.

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Riz au lait de coco pressé par nos soins, flancs coco, pain et gâteau à la coco râpée, boisson à l’eau de coco, confiture de noix de coco… ; comme les insulaires, nous faisons honneur à l’unique fruit disponible en quantité sur ce territoire maritime. Quand les Kunas ramènent du continent montagneux et sauvage fruits et légumes issus de la montagne, nous autres croisiéristes ne pouvons compter que sur le ravitaillement des lanchas qui sillonnent, au petit bonheur la chance, les mouillages. A moins de rallier une des îles-villages sans assurance que les quelques épiceries seront achalandées en frais.

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A Akuadargana, la faune sous-marine est à double tranchant.

 

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Méduse physalie ou galère portugaise.

 

Dans 50 cm d’eau, Jean-Marie fait connaissance avec une raie pastenague enfouie sous le sable. A peine a-t-il effleuré sa queue qu’il ressent une douleur fulgurante à l’orteil. Deux heures à taper du poing et à serrer les mâchoires le temps que l’effet du venin se dissipe. Puis 3 jours de convalescence afin que la plaie cicatrise. Erell, elle, s’enfonce dans la voûte plantaire la pointe d’un lambi, ces coquillages délicieux que l’on mange en carpaccio. Même tarif que son papa. Avec la physalie, nous passons heureusement à travers les gouttes. Cette méduse, aux étonnantes couleurs fuchsia et mauve, se déplace à la surface de l’eau en utilisant son corps comme une voile. Suffisamment étrange pour donner envie de l’approcher. Mais ses filaments venimeux, pouvant mesurer 30 mètres, sont des plus toxiques.

A Walsaladup, on pénètre dans une hutte kuna.

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Toit de palmes, murs de bambous plantés verticalement, une ouverture unique, basse. Au sol, le sable caresse les pieds ; de part et d’autre de la pièce ronde, des hamacs endormis attendent leur heure tandis que les habits épars pendent sur les poutres. Aucun meuble. Dans cette lumière douce qui filtre à travers les lames des roseaux, l’ambiance est au chuchotement. Une deuxième hutte fait office de cuisine ; elle abrite le foyer, le chaudron et quelques ustensiles basiques. Les familles plus modestes dorment et mangent sont le même toit. Les habitations se situent au vent des îles, là où les « chitras », ces insectes piqueurs minuscules mais redoutables, ne peuvent s’établir. Les huttent regardent alors vers le grand large, l’horizon seulement barré par l’enceinte corallienne.

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A Caniturpo (Isla Verde), on ne se baigne que d’un orteil.

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A l’endroit exact de notre insouciante baignade familiale, nous apercevons, une heure plus tard, un crocodile d’un bon deux mètres évoluant lentement entre les bateaux au mouillage. Stupeur et tremblement. Les crocodiles de mer, qui peuvent atteindre 6 mètres, vivent dans les estuaires et les mangroves mais certains peuvent s’aventurer en mer. Une attaque avait défrayé la chronique en 2016 et, depuis, l’île Verde est devenue persona non grata. Mais, à interroger les autochtones, nombre d’îles ont leur croco attitré qui se balade d’une ancre à l’ancre, se prélasse sur la plage ou se camoufle dans les palétuviers.

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A Walsaladup, Coline et Erell sympathisent avec de jeunes Kunas.

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De janvier à février, les enfants passent les vacances sur les îlots où vivent, à l’année, des membres de leur famille et, parfois, leurs père et mère. Le reste de l’année, ils habitent les îles-villages, plus proches du continent, qui disposent d’écoles primaires et de collèges où l’enseignement bilingue est dispensé en kuna et espagnol.

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A Tiadup, le traditionnel chemisier kuna nous est offert en cadeau.

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La blouse met en valeur les fameux mollas qui constituent l’artisanat emblématique des San Blas. Ces pièces de tissus dessinent, par superposition, des motifs géométriques complexes ou diverses figures zoomorphiques (perroquet, poisson, oiseau…). Avec les winnis – parures de perles décorant avant-bras et jambes –, les mollas constituent la tenue des Kunas ayant dépassé la fleur de l’âge. Assises sur le pas de leur porte, ces femmes ne comptent pas leurs heures à coudre, broder, assembler les perles de corail afin de fabriquer une tenue dont elles sont fières et qui est leur seule ressource marchande.

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A Sibadup, la mer ressemble à une palette d’aquarelliste.

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Comme aux Bahamas, la lumière offre des dégradés des bleus époustouflants, allant de l’anthracite au blanc laiteux. Les petites plages sont souvent léchées par des piscines d’eau translucide où les enfants ont partout pied : un lagon rien que pour eux.

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Honduras-Panama : la traversée insensée

Iles Honduras14122017-DSCN1996700 milles de l’île de Guanaja (Honduras) à Panama, soit 5 jours en théorie. Mais le voyage en mer enseigne l’humilité et la patience. Nous ne battrons pavillon panaméen que 10 jours plus tard, soit le 3 janvier 2018.

Suivant le dicton bien connu, « qui regarde trop la météo reste au bistrot », on se décide à partir malgré un vent guère orienté de manière idéale. On espère qu’il tournera en notre faveur sur la route. Le 25 décembre, les amarres sont larguées à l’aurore.

 

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L’annexe est hissée sur le pont, le régulateur d’allure prend sa place sur la jupe. 

 

Cekankonvaou, est-ce que vous nous recevez ?

Nous prenons la mer avec le catamaran Cekankonvaou dont les deux mousses, Marin et Cyrus, ont 5 et 1 an. Voisins à la marina Manglar del Rio, au Guatemala, pendant 5 mois, nous avons eu l’occasion de les connaître. C’est sympa de naviguer côte à côte, de se donner des nouvelles à la VHF, de partager les points météo et plus rassurant aussi. Malheureusement, au 4e jour, plus de son, plus d’image. Nous ne les voyons même plus sur la carte marine. Pour filer incognito, nous avions convenu de ne pas allumer l’AIS, un système d’identification automatique qui permet de localiser un navire dans les alentours.

 

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Cekankonvaou au mouillage devant l’île de Guanaja.

 

Plan Vigie Pirates

C’est en effet une navigation inédite que nous entamons. La côte atlantique du Honduras est réputée, à son extrême est, pour ses actes de piraterie. Le dernier date de novembre 2017. On prend donc l’affaire au sérieux. Pour ce faire, nous préparons une caissette avec des cartes bancaires périmées, diverses cartes de fidélité, des bijoux de pacotille clinquants et une centaine de dollars. Elle sera cédée au besoin quand les affaires auxquelles on tient vraiment sont planquées : i-pad, ordinateur, papiers du bateau, appareil photo et quelques billets. Jean-Marie va même jusqu’à retirer nos alliances.

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Des bords carrés

L’idée, c’est de s’éloigner au maximum d’une zone de pêche, au large du Honduras. Pour ce faire, on vise le nord. Hélas, le vent de nord-nord-est est contre nous. S’enchaînent 5 jours de pré serré et une vingtaine de virements de bord. C’est un peu comme si, pour aller de Nîmes à Paris, vous visiez Lyon puis Poitiers, puis Strasbourg, puis Tours… Insensé. Non seulement, on ne va pas dans la bonne direction mais en plus on n’avance pas d’un cachou ! 60 milles par jour à peine quand Balanec avale normalement le double en 24 heures. Déprimant.

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Dans ces conditions, le mal de mer nous saute dessus dès les premières heures de navigation. Au deuxième jour, les filles vont mieux. Je ne peux pas en dire autant. Tant que nous serons au pré, j’en serai quitte pour me tordre les boyaux. La houle de presque deux mètres, désordonnée, brutalise le voilier qui s’écrase lourdement et bruyamment dans le creux des vagues ; s’il n’était en aluminium, je craindrais qu’il ne se brise. Avec la gîte, les toilettes se vident dans la salle de bain. Répugnant. Nous voilà à la vieille école du seau. Jean-Marie gère l’appétit des filles du mieux qu’il peut avec des en-cas rapides : purée, compote, œufs durs, pain de mie, biscuits, yaourt… La plupart du temps, nous dormons tous les quatre dehors, dans le cockpit, les filles sanglées au bateau car l’intérieur est vraiment trop inconfortable. Au 6e jour, je déclare la douche et le changement de tenus obligatoires.

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On finit par arriver à 250 milles des côtes, soit 450 kilomètres et ne voyons aucun navire. Ouf ! Mais vu tout ce que l’on a enduré, et bien que nous n’ayons pas entendu le moindre claudiquement d’une jambe de bois, je les maudits ces pirates ! Passée la zone à risque, nous capons vers le sud, longeant, très au large, le Nicaragua et le Costa Rica. La vie s’adoucit en même temps que le bateau reçoit le vent par le travers sur une mer assagie.

 

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Leçon de cachalot.

 

Bonne pêche

Traversee-Honduras-Panama31122017-DSCN2140On pêche deux daurades coryphènes et une bonite. Coline est aux anges, le repas sushi la fait déjà saliver. Et Erell, grande première, apprécie de manger des morceaux de thon cru dans une feuille de nori. Si les pirates nous ont laissé tranquilles, c’est un voilier qui nous attaque, par l’arrière. Mesurant bien deux mètres de long, le poisson magnifique a croqué notre hameçon. Jean-Marie bataille quelques minutes avec la bête qui a déroulé quelque cent mètres de lignes, faisant des bonds prodigieux. Craignant qu’il endommage notre régulateur d’allure en coinçant le fil dedans, Jean-Marie coupe sa ligne et repose son biceps tétanisé. Tant mieux ! C’est tellement beau de savoir ce splendide animal libre. Mieux vaut manger plusieurs poissons de taille moyenne, voire petits qu’un grand, non ? Pour l’équilibre de la chaîne alimentaire, mieux vaut préserver les gros spécimens ? qu’en dit mon frère biologiste ?

 

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Daurade coryphène

 

Notre repas japonais fête l’entrée en 2018, avec une bouteille de cidre en guise de champagne familial. Le 3 janvier, après avoir croisé quantité de cargos, nous distinguons une masse sombre, puis une côte verdoyante et Puerto Belo nous souhaite la bienvenue au Panama.

 

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Repas sushis

 

Fin de la saison cyclonique : nouveau départ

RioDulce06102017-DSCN1439Après 6 mois passés dans les bras du rio Dulce, au Guatemala, nous voilà motivés pour reprendre la mer. Direction le Honduras !

Les prévisions météo sont bonnes, plus d’ouragans à venir ni d’averses diluviennes. Seule une pluie fine interrompt parfois les belles journées ensoleillées. Chaque jour, des voiliers quittent le lac Izabal, remontent le Rio Dulce et rejoignent la mer afin de profiter de la bonne saison. Nous avons hâte de les suivre parce que nous finissons par tourner en rond dans la marina. Si nous ne sommes plus en voyage, nous ne sommes pas non plus installés. Ni d’ici, ni d’ailleurs. Il est temps de bouger.

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« La cambuse pleine de jambon… »

Nous faisons un avitaillement monstre profitant d’un accès à pied aux magasins. On charge tout ce qui est lourd : farine, riz, sucre, lait, huile, bières, rhum et qui, vraisemblablement sera hors de prix côté Pacifique. Si tant est que les pots de Nutella survivent d’ici le mois d’avril… Devant les maigres étals de boîtes de conserve, on se résout à confectionner quelques bocaux de légumes, des compotes, des sauces pimentées… Je teste aussi le séchage des fruits au four solaire en prévision des bananes qui mûriront toutes en même temps sur le régime. Le résultat est si délicieux que je dois cacher les fruits défendus pour espérer les savourer en traversée.

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Conserves, déshydratation et mise sous vide.

 

Balanec réarmé

Je passe une partie de mon temps à ranger, ayant l’impression d’agencer un puzzle aux multiples solutions. Et je note chaque changement dans mon inventaire. Sans lui, impossible de retrouver la moutarde, les livres en breton ou les bouts de rechange. Je consacre plusieurs heures également à la couture, renforçant le bimini, ajustant de nouvelles moustiquaires aux hublots ou ajoutant des bandes réfléchissantes sur nos gilets autogonflants… Pendant ce temps, Jean-Marie réarme le bateau ; il remet en place les voiles d’avant, repeint le cockpit en blanc, nettoie le pont, lessive les tauds… Et installe sur le pont notre récente acquisition : le Parasailor, un spinnaker de 125 m2. Qui, assure le capitaine, va révolutionner la navigation au portant, avec plus de confort, de vélocité et moins de danger.

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Le Parasailor attend de prendre son envol.

 

Libres enfants

RioDulce25112017-DSCN1855Quant aux filles, elles ne s’ennuient jamais, profitant des copains américains, guatémaltèques et honduriens dans un espagnol fleuri très efficace. Elles déboulent en trottinette dans le jardin de la marina, dessinent, peignent, cuisinent, se baignent à la piscine ou se posent devant la télé de la palapa. La journée est parfois trop courte pour dégager ne serait-ce qu’une petite heure à l’étude… Alors, le soir, entre deux Fantomas, on regarde des documentaires sur le canal de Panama, les cités mayas ou le mythe de l’Atlantide.

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Adios amigos

Rio_dulce21112017-DSCN1803On dit au revoir aux amis, les gérants de la marina, les jardiniers, les marineros, les plaisanciers coincés à terre pour un moteur en réparation, une voile en commande, une histoire d’amour naissante… Je fais un dernier tour dans les rues de Rio Dulce, saluant les petites vendeuses de mandarines, les jeunes filles cuisant des tortillas du matin au soir, le gentil cireur de chaussures, le cordonnier au sourire édenté, les vigoureux marchands de légumes qui chargent et déchargent les camions sans sourciller. J’aimerais prendre la rue entière en photo ! Je ne me gêne pas avec mon dernier copain, un alligator qui évolue tranquillement dans la lagune de la marina.

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Le « tamal », le mets préféré des Guatémaltèques

 

Antigua_Nahuala09112017-20171109_144648Enroulé dans une feuille, le tamal  est constitué de pâte à tortilla, de viande et d’une sauce épicée. Simple ? Euh, nous passons la journée à en confectionner plus de 100 chez notre amie Francisca.

Le tamal se déguste aux grandes occasions, Noël par exemple. La veille de notre départ de l’association Asodi, dans la communauté de Palanquix Loma, c’est le plat tout trouvé pour rencontrer l’essence de la cuisine guatémaltèque, et régaler les amis.

1ère étape

Grimper à la cime du kanak (dans les régions plus tropicales, on emploie des feuilles de bananier) et couper les feuilles les plus larges. Jennifer, 14 ans, monte jusqu’à 20 mètres, machette à la hanche. Les branches tombent les unes à la suite des autres et, à un moment donné, la machette aussi ! Ensuite, les feuilles sont rassemblées en paquets de 16 et nouées avec l’écorce des branches. Catarina paie à la propriétaire de l’arbre notre cueillette et met le tout dans son tissu qu’elle noue autour du dos. La petite troupe retourne, guillerette, à la maison par les champs de maïs.

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2ème étape

Laver toutes les feuilles (320 !) au savon pour enlever les spores qui, paraît-il, démangent la peau, puis les sécher au soleil.

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3ème étape

Faire dorer à la poêle oignons, tomates et poivrons. A part, faire bouillir des morceaux de viande de bœuf.

4ème étape

Rassembler sésame, pépins de courge, peau de piment séché, une baie nommée « pimienta gorda », une autre aux vertus colorantes en rouge. Moudre le tout sur une meule en pierre.

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5ème étape

Mixer la préparation de légumes et la poudre odorante.

6ème étape

Avec la pâte à tortilla (je passe l’étape récolter le maïs, égrener le maïs, sécher le maïs, cuire le maïs, moudre le maïs !), former une petite soucoupe dans sa main et y déposer un morceau de viande nappée de sauce.

7ème étape

Déposer le tamal sur la feuille de kanak et la plier en 4 pour emprisonner le mets.

8ème étape

Dans un fait-tout, déposer toutes les tiges des feuilles afin d’en tapisser le fond. Y placer les tamales. Allumer un feu et faire cuire sans eau pendant une heure environ.

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C’est sûr, après avoir crapahuté dans les arbres, lessivé des centaines de feuilles, pétri la pâte à tortilla de toutes ses forces, meulé du piment en se râpant les doigts, on est super content de les déguster ces origamis culinaires !

Bienvenue chez Francisca et la vie maya

 Antigua06112017-IMG_0598-1Situé entre Guate, la capitale, et Quetzaltenango, la deuxième ville du Guatemala, Nahuala vit en retrait de l’agitation urbaine malgré ses 65 000 habitants. A 1800 mètres d’altitude, sous un air pur, nous partageons le quotidien d’une famille sympathique.

Francisca, enseignante à l’école primaire, vit avec ses deux adolescents, Jennifer et Alexander. Catarina, la trentaine, partage leur toit en tant qu’aide à domicile. Celle-ci s’exprime essentiellement en k’iche’, la langue maya la plus parlée au Guatemala avec plus de 2 millions de locuteurs.

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Catarina et la cuisson des harictos secs dans la cour.

 

Le quatuor nous accueille avec une joie manifeste. D’emblée, Coline et Erell se lient avec les deux ados, trop heureux de jouer au foot, de fabriquer des cerfs-volants, des porte-documents en papier journal, de regarder des clips français…

Regarder la vidéo des répétitions de musique

Les filles attendent leur retour de l’école  avec impatience. Malgré les grandes vacances scolaires (d’octobre à décembre), les deux jeunes suivent des cours de soutien ou de perfectionnement à Quetzaltenango. Levés à 5 h du matin, ils s’enfilent 2 heures de mini-bus aller-retour pour revenir, le sac à dos chargé de devoirs, à la maison vers 14 heures. L’instruction est la priorité numéro 1 de leur mère.  Elle-même a dû combiner, dès 14 ans, le travail et les études afin d’obtenir son diplôme, à 20 ans, d’institutrice. Un souvenir douloureux pour elle. A l’heure où, de fait, l’instruction sur Balanec  est plutôt libre, sans programme ni évaluation, j’observe chez ces jeunes une motivation joyeuse et beaucoup d’efforts.

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Le froid, le feu

La journée, nous parcourons les sentiers voisins qui serpentent entre les champs de maïs ; là se cachent les habitations en bois. Nous discutons avec les voisines qui tissent ou brodent de longues heures. Dès que l’après-midi tire à sa fin, nous rentrons bien vite à la maison, poussés par le froid sec et piquant. Certains soirs, Francisca allume un feu dans la cour pour cuire dans un pot en terre, et une bonne partie de la nuit, les frijolles, ces haricots secs noirs, blonds ou rouges incontournables dans la cuisine guatémaltèque. Pour nous réchauffer, malgré nos pulls polaires, elle nous sert une  tasse d’atoll elote (crème de maïs). Sans tarder, nous nous rassemblons dans la cuisine où Catarina prépare le repas tout en cuisant les tortillas. C’est le seul endroit chauffé de cette spacieuse maison en ciment qui ne dispose ni de chauffage, ni de cheminée. Pourtant, la nuit, le thermomètre dégringole à 6 degrés !

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Le sauna maya

Dans ces conditions, nous nous contentons d’une toilette de chat, en attendant le jour divin du temazcal. Il s’agit d’un réduit en ciment dans lequel est préparé un feu. On y rentre quasi accroupis et, comme au sauna, on augmente la chaleur en jetant de l’eau sur les pierres. Cette hutte à sudation est un vrai régal pour se laver ; elle est aussi employée lors des accouchements. On s’y prélasse seul, en couple ou entre copines, suivant ses affinités. Cela apparaît comme une récompense après les dures corvées de la journée. Je vois Catarina et Francisca s’affairer du matin au soir, entre la cuisine, la vaisselle, le feu, le nettoyage du linge, des sols, tout à la main, tout à l’eau glacée. Quelle place reste-t-il pour autre chose ? où trouvent-elles encore de l’énergie pour bavarder de longs moments avec nous, jouer de la musique, surfer sur Internet (car ils disposent d’un abonnement), organiser les ateliers de l’association ASODI.

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Eau et déchets

Dans le bourg de Nahuala, nous déambulons, le jour du marché, entre les stands de fruits et légumes et ceux, innombrables, de tissus fait-main, de tenues bigarrées, petites merveilles colorées. Très peu accoutumée à voir des étrangers, la population nous dévisage et s’étonne quand nous la saluons en k’iche’.

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Nos yeux traînent aussi sur les déchets qui s’agglutinent et dont les bords des routes sont inondés. L’injonction « Ne jetez pas vos déchets » se lit à maintes reprises et même dans l’église ! Sur la façade de la mairie, comme au croisement de routes principales, plusieurs affiches imaginent un Nahuala propre, vert, délivrant les messages élémentaires d’écologie. Vœu pieu ? Aucun camion-poubelle ne décharge les habitants de ce problème. Le service de retrait des ordures, payant, ne s’adresserait qu’à ceux qui peuvent mettre la main au porte-monnaie ? Les autres se débrouillent avec leurs immondices. Concernée, Francisca élève deux poules et trois lapins qui grignotent une bonne partie des déchets organiques. Le reste – papier, carton, plastique… – est brûlé en petit tas devant la maison. A peine calcinées, une cannette et une couche-culotte font de la rétention à l’autonomie citoyenne.

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Nous repartons vers le Rio Dulce plein d’images dans la tête, le cœur rempli de ces échanges avec ces gens simples, fiers de leurs traditions, acceptant les rudesses de leur quotidien tout en imaginant un bel avenir pour leurs enfants.

Lire l’article « Tous volontaires au Guatemala »

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Le tissage maya : tout un art !

Antigua06112017-IMG_0646-1Pratiqué par les femmes du Guatemala, le tejido est un savoir-faire maya ancestral. Pour tisser les tenues traditionnelles – jupes, ceintures, hauts – ou diverses pièces de tissu aux usages multiples, ces femmes font montre de concentration, d’effort, de patience et d’imagination.

Voici la méthode de création d’un güipil, le haut traditionnel féminin.Antigua06112017-IMG_0600-1

1-Embobiner les fils de coton afin de créer des pelotes autour d’un tourniquet en bois.

Pour un güipil, 16 pelotes minimum sont nécessaires. Si l’on ajoute des motifs, il faut prévoir 32 pelotes. Cette étape prend de 3 jours à une semaine.

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2-Dérouler les fils sur le urdidorAntigua06112017-IMG_0631

Le urdidor est un banc sur lequel se dressent 5 bâtons. Les pelotes sont déroulées autour suivant un calcul savant qui vient directement de l’arithmétique maya. La base mathématique est de 20 chez les Mayas. Pourquoi ? Parce que le corps humain possède 20 articulations : 2 poignets, 2 coudes, etc. Les tailles se calculent en tours de 20. La taille S (petite) est un ensemble de 17 tours de 20 ; la taille M (moyenne) est un ensemble de 20 tours de 20.

Ainsi, pour confectionner un güipil de taille M, il faut enrouler 400 fois (20×20) le urdidor de fil.

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3-Tremper les fils dans un bain d’eau tiède et de masa

La masa est la pâte de maïs avec laquelle sont fabriquées les tortillas, la base de l’alimentation en Amérique centrale. Ici, elle intervient pour assurer une meilleure solidité aux fils qui baignent dans cette mixture 5 minutes.

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4-Installer le métier à tisser

La très longue pelote, constituée de 400 fils, est attachée de chaque côté à un bâton. Une extrémité est fixée en hauteur, à une branche d’arbre par exemple, tandis que l’autre bout est relié au tisserand. La femme s’agenouille pour ajuster le métier devant elle ; une seconde personne est généralement nécessaire pour cette mise en place. La femme sépare chaque groupe de 20 par un fil qui traverse latéralement le métier.

Le métier à tisser est donc très simple, composé de fils, de bouts de bois et de la navette. C’est un outil économique, démontable et transportable.

5-Le tissage peut commencer

La confection d’un güipil nécessite de 1 mois à 1,5 mois, suivant sa grandeur et la complexité des motifs. Ce travail sollicite beaucoup le dos, les jambes (repliées), les yeux.

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Vers une reconnaissance du tissage maya

Encore bien vivant, ce savoir-faire est aujourd’hui moins pratiqué par la jeune génération. Pour éviter sa disparition, une reconnaissance nationale, voire internationale, est nécessaire. Un groupe de femmes indigènes travaille à cet effet. Il s’agit d’obtenir un brevet de propriété intellectuelle afin de le protéger. C’est un premier pas avant de prétendre inscrire cet artisanat sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité (Unesco).

 

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Tous volontaires dans une asso au Guatemala

Antigua_Nahuala10112017-20171109_204253-1Formule répandue dans le pays, le volontariat contribue au soutien de nombreux projets tout en offrant un contact direct avec la population. A Nahuala, nous passons une semaine chez Francisca et ses deux adolescents : leur maison accueille les activités de l’association Asodi.

Fondée par une poignée de motivés en 2014, Asodi poursuit un but éducatif, social, artistique. Une bonne centaine d’enfants, de jeunes et de femmes profite des différents ateliers : anglais, couture, tissage, informatique, cuisine, musique… on ne va pas s’ennuyer !  Antigua_Nahuala09112017-20171109_074655-1

Jeudi : informatique

Avec Rocaël, enseignant en primaire et président d’Asodi, Jean-Marie et moi-même tentons d’améliorer le site web de l’asso, ses comptes twitter et facebook. Surtout, on note les besoins en clichés et vidéos afin de les réaliser durant notre séjour.

Pendant que nous pianotons sur les écrans, les enfants voisins défilent dans la maison. Pratiquement chaque jour – ce sont les grandes vacances –, six d’entre eux répètent des airs traditionnels à partir d’un gros tambour, de maracas et de flûtes à bec. Coline est invitée à manier le bâton de pluie. Sans partition, simplement en imitant les plus grands, les petits musiciens apprennent les mélodies. Quel plaisir de les entendre !

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Vendredi : couture

Pour animer l’atelier, j’improvise un petit ouvrage que les participantes reproduiront. Sur les conseils de Francisca, je réalise un range-couverts afin que couteau, fourchette et cuillère demeurent impeccablement propres sur la table. Les femmes arrivent les unes à la suite des autres, un enfant dans une main, le bébé sur le dos. Elles choisissent leur machine parmi les modèles professionnels, amateurs ou ancestraux (ah ! la Singer) ; avec persévérance, elles cousent tout en devisant et riant de bon cœur.

Samedi : entre maïs et immondices

Antigua02112017-IMG_0347-2Pour préparer le repas – maïs bouilli au menu –, nous suivons Francisca dans ses plantations et coupons les épis bien mûrs. Chaque famille dispose d’un terrain plus ou moins grand qui lui fournit sa récolte de maïs et de haricots secs. Tout en déambulant entre les tiges, nous longeons le rio Nahualate. Etouffée par les déchets plastique, l’eau ne s’écoule plus qu’en mince filet et les berges, véritable tas d’ordures, font peine à voir. « Pourtant, il y a 7 ans, mes enfants se baignaient ici dans une eau cristalline », rapporte Francisca. Depuis quelques mois, celle-ci réfléchit à un projet de dépollution de la rivière. Tout en l’écoutant, je rédige un article pour le site web d’Asodi sur ce sujet.

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Francisca parmi ses maïs

Dimanche : cours d’anglais…

Alejandra, une étudiante en sciences politiques, dispense, comme volontaire, les leçons d’anglais avec une belle énergie. Je suis soufflée par l’attention du groupe, même les enfants de 6 ans prennent des notes sur les verbes irréguliers.

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… et français

Au bout d’1h30, le cours se poursuit en français. Coline et Erell écrivent les mots en français sur le tableau, Jean-Marie leur correspondance en anglais et moi j’anime la séance. Après les formules de base « Bonjour, merci, au revoir…», Coline fait compter les enfants et mamans jusqu’à 10. Enfin, nous répondons à leurs questions en espagnol : « Comment sont les toits en France ? Est-ce que vous avez aussi la semaine sainte ? Il faut un visa pour aller en France ? Les Français ne mangent pas de tortillas ? mais qu’est-ce qu’ils mangent alors ? ». A la fin de la séance, Alejandra s’attarde un bon moment avec Rocaël qui lui enseigne le k’iche. Vivant à Quetzaltenango, la deuxième ville du Guatemala, et d’origine ladino et non pas maya, Alejandra ne comprend pas cette langue. Un handicap selon elle car un grand nombre de la population régionale la parle quasi exclusivement.

Regarder la vidéo

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Cours de français en famille

Lundi : cuisine…

Le matin, Jean-Marie lance l’atelier pain, vivement attendu. Faute de four, la miche est cuite au gaz, sur le « comal », la plaque dédiée aux tortillas. Tandis que Coline dirige l’atelier crêpes, je montre la recette des galettes de pommes de terre. Pendant la cuisine et au lors de la dégustation, on recommande de bien badigeonner crêpes et galettes de beurre demi-sel : c’est la première fois que ces femmes y goûtent !

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… et tissage

L’après-midi, Francisca déballe toutes ses tenues dont la majorité a été tissée par Catarina ; celle-ci travaille comme aide ménagère chez elles. On se croirait dans une boutique d’art créatif, au milieu des « güipil » (hauts), « corte » (jupes) et ceintures chatoyants. Les motifs sont d’une précision extraordinaire et dévoilent des animaux fabuleux, des personnages symboliques et pléthore de signes mayas. Pendant près de 4 heures, nous suivons les étapes allant de la simple bobine de fil au tissage. Jean-Marie filme tout et monte une petite vidéo pour leur site internet.

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Mardi : cerfs-volants…

Les enfants, une bonne trentaine, se retrouvent à l’école de Palanquix Loma pour fabriquer des cerfs-volants. Habiles, ils découpent les feuilles de papier crépon, les collent et les appliquent sur une petite structure composée de fins bâtonnets, le tout est lié par des fils. Coline et Erell observe que ces enfants se fabriquent leurs propres jouets. Le cerf-volant est une tradition très vivante au Guatemala, en particulier au mois de novembre qui célèbre saints et morts.

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… et mathématique maya

L’après-midi, Francisca nous initie à la numération maya. Peu usitée de nos jours, cette connaissance est néanmoins exigée sur tout curriculum vitae. Pour faire court, elle fonctionne sur la base de 20 ; les chiffres s’écrivent en étage à l’aide de points et de traits verticaux.

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Mercredi : promenade en montagne

Rocaël nous emmène jusqu’à la cascade d’eau qui abreuve toute la ville de Nahuala. Nous cheminons dans une nature somptueuse, respirons un air pur avant d’atteindre la chute d’eau tonitruante. Baptisée « Nahualja » qui signifie en k’iche « esprit de l’eau », la cascade a donné son nom à la ville avec qui elle a lié son destin. De cette source partent des dizaines de tuyaux qui alimentent les villages et quartiers. Chaque communauté est responsable de sa canalisation et, avec cette organisation, l’eau demeure gratuite.

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Jeudi : fête d’adieu

Sur « El Rey K’iche », joué par les enfants, Francisca, Antonia et sa fille se mettent à danser pieds nus (on n’est pas loin des 15 degrés, et oui ! 1800 mètres d’altitude !), mimant l’offrande aux dieux mayas. En remerciement, nous recevons une ceinture tissée, une meule de pierre ! et des ocarinas en forme d’oiseaux pour les filles. L’après-midi et la soirée, nous dégustons les fameux tamal, le plat très apprécié des Guatémaltèques.

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Les besoins de l’association

Valoriser l’identité maya tout en ouvrant vers d’autres horizons, c’est, en résumé, l’ambition des fondateurs d’Asodi. Et un moyen de renforcer l’estime de ce peuple tranquille, voire résigné. Pour l’heure, les projets concernent l’achat d’une marimba, instrument indispensable à tout groupe de musique, et celui d’une surjeteuse afin de parfaire les travaux de couture. L’association est en quête de soutien financier.

https://asodinahuala.wordpress.com/

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Pour s’engager comme volontaire au Guatemala, ENTREMUNDOS fédère la grande majorité des associations :

http://www.entremundos.org/

La Toussaint au Guatemala, quelle fête !

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Le 1er novembre, le pays célèbre ses morts et, par la même occasion, expose la diversité de ses traditions. Ce jour-là, les cultes mayas et catholiques font montre de toute leur vitalité.

Antigua04112017-IMG_0405-1Dans le ciel de Toussaint, une multitude de cerfs-volants frétille, légers oiseaux de papier retenus par un fil invisible. Ces jouets sont censés communiquer avec l’âme des morts voire les repousser afin que les Guatémaltèques vivent en toute tranquillité.

 

Des géants de papier

A Sumpango, on vient de loin pour admirer certains spécimens dépassant les 20 mètres d’envergure. Dans un stade de terre, situé au sommet d’une colline, une cinquantaine de cerfs-volants sont exposés et notés ; des juges évaluent leur taille, leurs motifs, leurs couleurs, leur originalité et leur aptitude au vol. Car certains prennent un bel élan tandis que d’autres piquent du nez au milieu de la foule effarouchée.

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Chaque cerf-volant est le travail d’un cercle d’amis, d’un groupe d’étudiants, d’une association et chacun véhicule un message : le refus de la corruption, la défense des droits des femmes, le respect des animaux de la jungle… réalisés avec un art du graphisme assuré. Nous n’avons pas assez d’yeux pour tous les détailler. Certains sont en cours de montage ; des hommes découpent de longues cannes de bambous, les nouent entre elles et une dizaine de jeunes attachent l’œuvre sur cette structure de bois. Au moment où le géant de papier se dresse, la foule pousse un cri d’admiration.

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Car du monde, il y en a ! Rien que pour arriver sur le lieu, nous avons voyagé dans un bus bondé à craquer : plus de 100 passagers dans un 48 places ! Cela paraît inimaginable mais au Guatemala, c’est possible !

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Défilé de mode traditionnelle

A Sumpango, la Feria del Barrilete Gigante est aussi une sortie dominicale. Les femmes surtout ont mis leur plus belle tenue. C’est un formidable défilé de costumes multicolores. Pour immortaliser l’événement, des photographes tirent le portrait des familles. Munis d’une petite imprimante portable, ils vendent leurs clichés comme des petits pains. Tous profitent des nombreux stands de nourriture, de glace, de jouets en plastique et de souvenirs artisanaux. Et, bien sûr, on fait voler son petit cerf-volant fait-main dans un chaos de fils.

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Recueillement joyeux au cimetière

A Nahuala, nous accompagnons une amie sur le sépulcre de ses grands-parents. On prévient nos filles : « c’est un lieu sacré, on marche, on garde le silence, on respecte les tombes ». Or, quand on entre dans le cimetière, des centaines de personnes y font la fête !

Antigua02112017-IMG_0355-1Installées pour la journée sur les tombes de leurs défunts, les familles pique-niquent, discutent, plaisantent au son de l’orchestre. Les plus jeunes font virevolter leurs cerfs-volants en galopant sur la dernière maison des défunts. On n’en revient pas ! Le soir, de petits autels en branches de pin sont édifiés devant les sépultures, souvent une simple butte de terre, illuminée par des bougies.

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La marche funèbre des Ladinos

Antigua01112017-DSCN1724De retour à Antigua, nous assistons à une procession catholique dans le pur style espagnol. Encensées par des hommes en complet noir, les ruelles sont jonchées de pétales de fleurs. Une musique d’une tristesse inouïe, servie par un orchestre de cuivres, annonce l’arrivée du cortège. Des bonhommes encapuchonnés, tels des comploteurs, brandissent des bannières dorées ; derrière, apparaît le char resplendissant, mesurant bien vingt mètres de long, sur lequel le Christ agonisant est pleuré par la Mater Dolorosa. La statuaire est impressionnante de par sa taille et l’expression des visages. Antigua_Nahuala10112017-20171101_204758

 

Mais, ce qui m’intrigue le plus, ce sont les croyants. En noir de la tête au pied – costumes pour les hommes, jupes, collants et mantilles pour les femmes –, ils se relaient à porter l’énorme char. Ils sont plus de 100 de chaque côté à l’épauler, le visage inspiré, les yeux fermés, dans une dévotion manifeste. Le char tangue à droite, à gauche, les porteurs, genoux fléchis, avancent, reculent, toujours en harmonie. A l’arrière, des hommes en chasubles poussent de toute leur force le mastodonte. Cette marche funèbre progresse à pas lent, tout l’après-midi et jusqu’à presque minuit, dans les rues de la cité.

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Chaud cacao ! De la fève à la truffe

Cacao-12092017-20170912_144033-4Quatre mois que nous n’avons pas croqué dans un bon morceau de chocolat ! Alors, quand Jessica arrive sur Balanec avec des fèves de cacao, l’atelier chocolat démarre aussitôt.

  1. Peler les fèves. Afin de retirer la fine pellicule marron qui les entoure, on les réchauffe à la poêle ; c’est plus facile mais on se brûle un peu les doigts.
  2. Torréfier les fèves. A sec, elles sont chauffées sur le gaz pendant une bonne demi-heure et remuées à la spatule en bois sans discontinuer.
  3. Moudre les fèves. Faute de moulin à café ni de meule de pierre (un peu lourd sur le bateau), je sors mon arme secrète : le thermomix !
  4. Ajouter du sucre, du lait en poudre et, suivant les envies, de la cannelle, de l’huile de coco… Le chocolat se garde au réfrigérateur durant des semaines. On peut ensuite le râper pour un chocolat chaud, l’intégrer dans un gâteau ou fabriquer de la glace au chocolat.
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On torréfie les fèves.

 

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13 octobre : fin de l’école au Guatemala !

Piscine_ecole13102017-DSCN1515-1Pendant trois mois, Coline et Erell ont suivi les cours de l’école-collège de San Felipe. A l’heure des grandes vacances (qui finissent en janvier pour leurs copains), elles reviennent sur leurs journées au sein de cette école trilingue (espagnol-anglais-q’eqchi).

Coline, 9 ans

Alors, hablas espagnol ?

-Si ! Hablo mucho espagnol ! Je parle et je comprends.

And english ?

-No… Je n’ai pas vraiment appris à parler anglais. Je suivais les leçons et je recopiais les exercices. Les autres enfants, eux, écrivaient des longs textes en anglais.

Quelles matières as-tu étudiées ?

-Sciences naturelles (ciencias naturales), communication et langage (communicacion y lenguaje), production et développement (productividad y desarrollo), sciences sociales (ciencias sociales), maths, musique, q’eqchi, anglais, lecture, instruction civique (formacion cuidadana).

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Est-ce que les méthodes d’apprentissage sont différentes de l’école Diwan de Crozon ?

-Oui, ici au Guatemala, on a beaucoup de matières. J’avais trois institutrices sympas, Ester pour les principales matières, Mary pour l’anglais et la professeure de musique. On passe beaucoup de temps à écrire, recopier, dessiner. Le soir, il y a des devoirs écrits, comme résumer un texte. Moi, je demandais à un adulte de la marina de m’aider. Je soulignais au marqueur les phrases importantes et je les recopiais sur mon cahier. Cela me prenait beaucoup de temps mais je voulais absolument faire comme les autres élèves.

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Coline et sa maîtresse Ester

 

Décris-nous ta classe, la cour, la cantine…

-Ma classe était petite avec un grand ventilateur car il faisait souvent assez chaud ; chacun avait son bureau et un casier pour ranger toutes ses affaires. A la pause du matin, vers 9h30, les enfants s’achètent des bonbons, des tortillas, des poches d’eau… A midi, on fait la queue pour recevoir son repas ; chacun s’assoit à la même place chaque jour. Les grands du collège ne jouent pas avec les petits parce qu’ils n’ont pas leur pause en même temps. C’est dommage. Il y a aussi un grand parc avec de la pelouse, des toboggans, un trampoline, des balançoires, un terrain de foot…

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Le vendredi, il n’y a pas d’uniforme, comment s’habillent les élèves ?

-Les collégiens et les moyens, comme ceux de ma classe, portent des jeans, des baskets et un tee-shirt. En maternelle, les petites filles mettent plutôt des robes et des jupes.

Qu’est-ce qui te plaît dans cette école ?

-Les amis, les cours, ma maîtresse, le parc, les grands matchs de foot. J’étais la seule fille à jouer au foot, à part deux maîtresses.

 

Quel est ton meilleur souvenir ?

-Le dernier jour d’école parce qu’on a mangé des pizzas, on a dansé et on a joué dans le parc. Et aussi le jour où on a fait un grand match de foot avec toutes les classes. Je me souviens encore du défilé dans les rues de Rio Dulce le jour de la fête nationale en septembre. On était en uniforme et on agitait des drapeaux devant les chars décorés en bleu et blanc.

Quels sont tes amis ?

-Sofia, Santiago, Mario, Carlos, Cielo et Cerlina – presque toute la classe en fait ! – car on n’était que huit.

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La dernière semaine était consacrée aux évaluations avec des devoirs dans toutes les disciplines. Comment ça s’est passé pour toi ?

-Bien, j’ai fait de mon mieux.

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As-tu fait des efforts particuliers durant ces trois mois ?

-Dans ma classe, cela a été facile de m’adapter dès le premier jour parce que les élèves étaient gentils. Ils étaient contents de m’accueillir.

Qu’est-ce qui a été difficile ?

-Faire la queue pour acheter à manger à la pause du matin parce qu’il y avait plein de monde et que je ne savais pas comment on disait « de l’eau », je ne savais pas les mots pour la nourriture… C’était dur de me faire comprendre.

Et maintenant, qu’est-ce que tu as envie de faire ?

-Etre en vacances et inviter les amis ! J’ai aussi envie de continuer mes cours d’espagnol ; j’ai rédigé un programme avec toutes les matières chaque semaine.

Qu’est-ce que tu as appris en fréquentant cette école ?

-On peut se faire des amis même si on ne parle pas la même langue qu’eux.

Erell, 6 ans

Qui sont tes amis ?

-Matias, Dulce Oliva, Angel, Isabella, Dany.

Seno Vivi, la maîtresse d'Erell

Erell avec sa maîtresse, Seno Vivi, et sa copine Dulce.

Qu’est-ce qui était sympa ?

-La cantine, c’était bien.

Ton meilleur souvenir ?

-Manger le gâteau le dernier jour d’école. Des fois, on fêtait les anniversaires, il y avait toujours un cadeau. A celui de Matias, il a reçu 3 gros camions jaunes. Pour mon anniversaire, les enfants m’ont peint un grand dessin avec leurs mains. Je me souviens aussi de mon premier jour d’école parce que la maîtresse nous avait peint les pieds. Ensuite, on les a mis sur une feuille et Seno Vivi a dessiné une licorne.

A quoi jouais-tu dans la cour ?

-On jouait au loup, à la marelle, une fois, on a joué à 123 Soleil avec Coline. On faisait le cheval en courant. Et dans le parc, de la balançoire. Mais, souvent, Marin et moi, on restait assis sur une chaise jusqu’à ce que la cloche sonne, on s’ennuyait un peu.

Qu’est-ce que tu as appris avec Seno Vivi ?

Les lettres. Dans chaque case, tu devais écrire B, H, Y. Je faisais plein de lignes de BBBBB. Parfois, on chantait des chansons et on faisait de la peinture.

Qu’est-ce qui a été difficile ?

-La journée car c’était trop long. Mes parents me manquaient. Je crois que je suis très attachée à ma maman.

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Est-ce que tu aimes bien parler espagnol ?

-Oui, moi j’aime bien répéter les choses. Maintenant, j’apprends aussi quand je regarde les dessins animés ou Animal Planet à la télé sous la palapa, à la marina.

Il y a d’autres langues que tu voudrais parler ?

-Le chinois !

Et maintenant, est-ce que tu étudies à la marina ?

-Le soir, après le repas, j’aime bien écrire en attaché. Je fais des lettres et je recopie des mots. Parfois, Coline nous fait l’école, à moi et à Marin qui a 4 ans. Je prends alors mon cahier de maths. Je sais aussi très bien dessiner les chevaux et les princesses.

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