Un petit tour de chauffe aux Tuamotu

Makemo30062018-IMG_0107Bleu, blanc, vert. Lumière. Au centre du paradis polynésien, l’archipel des Tuamotu est un territoire maritime de sable et de roches. Dans ce décor a priori vide, la générosité excelle.

 

 

Regroupant 76 atolls, les Tuamotu sont exclusivement constitués d’îles coralliennes. Pas de volcan, de forêt ni de terre fertile, la vie s’est contentée de quelques interstices pour se développer. A peine 15 000 habitants vivent sur ce territoire long de 1500 km, comme si tous les Morlaisiens ou les Bellifontains se partageaient la France entière !

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

« Y’a rien ! »

Ah ! La fameuse phrase qui met le doute, qui inquiète, à se demander si ça vaut la peine d’y aller : « C’est beau mais y’a rien ! ». Cette sentence, on l’a entendue pour la Graciosa (Canaries), Barbuda (Petites Antilles), les Bahamas, Cuba, les San Blas (Panama)… Bref, on connaît la chanson, mais, cette fois, c’est si loin, si isolé, si sauvage… On sait déjà qu’il ne faut pas rêver d’une salade de crudités ni même de fruits car le seul végétal comestible disponible, c’est la noix de coco. 

Makemo30062018-IMG_0099

Mission fruits 

La veille du départ, avec nos amis du catamaran Vanille, nos désormais co-voyageurs (Pierre, Lili et leur petit Lucas de 3 ans), nous faisons les grandes courses sur l’îlot Taravai, aux Gambier, habité par moins de 10 personnes. Là, Valérie nous file la brouette et on ramasse dans les jardins tous les fruits que l’on trouve : chez Marcel, c’est « open citrons » ; chez Hervé, c’est « open papayes », chez Jean, c’est « open grenades »… Bananes, oranges, goyaves et surtout pamplemousses – allez 20 par bateau pour être à l’aise – mais aussi quelques brins de citronnelle et un bouquet de menthe finissent dans notre caddie bucolique. Vu qu’aux Tuamotu « y’a rien », on prévoit large pour en distribuer sans compter.

Taravai23062018-DSCN3097

Taravai23062018-DSCN3107

Sur Taravai, Valérie et Hervé accueillent, avec la banane et les bananes !, tous les navigateurs.

 

Un accueil hors du commun

Makemo04072018-IMG_0007Les yeux éblouis par la carte marine —il y a tellement d’îles ! —, nous en sélectionnons trois : Makemo, Tahanea et Fakarava. A Makemo, nous sommes accueillis comme des rois. Michel et son épouse Anelia dressent la table expressément pour nous 4. Nous voilà dans leur petite maison meublée au minimum, face à nos assiettes de riz et de poisson cru et cuit pêché par Michel, tandis que nos hôtes nous regardent manger. Embarrassés, nous insistons pour qu’ils déjeunent avec nous parce que ces gens semblent avoir si peu. Anelia nous passe autour du cou de délicats colliers de fleurs qu’elle a patiemment cueillies et ajustées. Quand sa cousine arrive, superbement parée d’une couronne de fleurs, c’est pour me la poser sur la tête en cadeau ! Je respire toute la journée les effluves de tiaré et de frangipanier qui embaument ma chevelure. Comme si ce n’était pas assez, nous recevons tous, Jean-Marie inclus, un collier de perles des Tuamotu. Une valeur inestimable à nos yeux car l’activité perlière est, ici, gravement sinistrée. Nous nous sentons en reste avec nos quelques pamplemousses, citrons et la tarte amenés en présents. Une impression bizarre comme si les « riches » n’avaient pas grand-chose à donner… 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Tous à bord

L’après-midi s’écoule dans la bonne humeur, les rires et la présentation aux voisins, aux cousins… on est bien ensemble alors on continue sur Balanec.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nous achetons des bières, un plaisir rare pour les locaux vu le prix, pendant que Michel fait tomber, à coups de machette, une dizaine de jeunes cocos afin de nous désaltérer. Sur le bateau, nous leur donnons de bons couteaux qui leur font très plaisir et aussi quelques livres. Le jeune Moana Nui (« Grand Océan », quel prénom formidable !), leur fils de 9 ans, fait cadeau de l’un de ses tee-shirts à Coline ravie. Ça ne s’arrêtera donc jamais cette générosité ! Promis, juré, nous reviendrons dans ce « pays » où il n’y a « rien » et où on reçoit tout. 

Makemo04072018-IMG_0044

 

 

Publicités

À Aukena, Marie-Noëlle mène la panse

Aukena16062018-DSCN3065Aux Gambier, il suffit de mouiller devant la maison de Bernard et Marie-Noëlle pour se retrouver d’office invités à leur table. En passant, un bon bout de temps, par les cuisines !

 

Week-end de fête des pères, quatre voiliers français et britannique sont à l’abri devant Aukena. Tout ce petit monde – 14 personnes – se retrouve dans le jardin-plage de Bernard et Marie-Noëlle. Rapidement, la préoccupation principale consiste à préparer le repas. Chacun se met à son poste : Nicole surveille la cuisson des fruits à pain au feu de bois, Jean-Marie fend les noix de coco, Michel râpe la chair, Coline en extrait le jus, John L’Enfer boit des coups…

Aukena14062018-IMG_0036

Coline râpe la coco.

 

 

Lili et moi partons en expédition sur les crêtes à la recherche de goyaves mais revenons bredouille. Manifestement, il fallait escalader le piton rocheux dont la hauteur offre une vue splendide sur les deux versants de l’île. Ou alors s’enfoncer sous les buissons épineux à flanc de falaise. Tant pis pour la confiture de goyaves.

 

 

 

 

 

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Le menu du jour

A 15 h, on s’attable enfin devant le festin : poisson et coquillages crus au lait de coco, galettes de fruits à pain frits, cœur de jeune cocotier en salade, cuisse de cochon braisé nappé d’une sauce sucrée-salée, dessert courge-bananes… En final de ce feu d’artifice gastronomique, Marie-Noëlle nous présente ses « bonbons » : des citrons saumurés puis recuits au sucre. Une sorte de chutney bien équilibré qui accompagne merveilleusement le riz et le poisson cuit. Marinés dans du gros sel pendant des mois, voire des années, les citrons du jardin sont simplement mis en pot puis expédiés à Tahiti. J’ai droit à une boîte pleine de ces précieuses pépites.

Aukena14062018-IMG_0058

Et c’était coco ci, et c’était coco ça…

Vous l’aurez compris, en Polynésie tout se cuisine ou se mange avec du lait de coco, le poisson cru, la chair de l’huître (« korori »), le fruit à pain (« uru »), le poe courge-bananes, le riz, le pain… Même la basse-cour est au régime coco : les cochons, les poules, le cheval, les chiens, les chats sont nourris avec ! Parmi tous ces animaux, Erell se trouve, suivant ses mots, au paradis. Denis lui offre un pur moment de félicité en la faisant grimper sur la jument à peine dressée. Et tous trois s’en vont trotter sur la plage.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Atelier cochonnaille

Aukena13062018-IMG_0019Le lendemain, finie la rigolade. Le porc massif qui court encore près des grottes doit finir en conserves. Y’a du boulot sur la planche. Dès 8h, l’équipe masculine se donne rendez-vous sur la plage pour tuer la bête. A 10 h, l’équipe féminine et les trois juniors débarquent à leur tour. L’animal n’a plus de tête, les boyaux sont d’un côté, le cœur de l’autre. Il faut y mettre les mains et faire le tri. Voilà le prix de notre appétit de viande. Le mien diminue d’un cran.

Commencent alors des heures de boucherie-charcuterie. Reine en son domaine, Marie-Noëlle dirige les ateliers boudin et pâté dans une cuisine qui ressemble à un vrai capharnaüm. La table de travail est encombrée d’innombrables bouteilles et pots contenant épices, condiments, huile, vin rouge, vin blanc, bières… mais aussi médicaments, cendriers, chats ! On pousse la ventoline pour poser la cocotte-minute, on déplace le mégot de cigarette pour disposer les bocaux. Pas de mixeur, tout se malaxe à la main ; pas de cuillère, tout se goûte au doigt. Un pur travail artisanal ! Enfin, à la tombée de la nuit, les conserves de pâtés de foie et de tête sont prêtes et distribuées aux équipages. Quelle journée !

Aukena16062018-DSCN3042Aukena16062018-DSCN3066

Quelques jours plus tard, c’est « pain, pâté, vin rouge » sur Balanec, Jean-Marie revit, les filles apprécient. Moi, je reste un peu circonspecte devant les quelques poils blancs, ceux de l’oreille – je m’en souviens bien – qui se dressent au milieu de la chair. Je gomme vite cette image pour ne garder en mémoire que l’accueil entier, sans demi-mesure de ce couple simple, généreux et joyeux qui, vivant en retrait, produit sa propre nourriture.

Aukena14062018-IMG_0049

Polynésie : atterrissage et déphasage

Gambier11052018-IMG_00395 semaines de mer sur laquelle le regard coule, à peine relevé par la houle, quand, d’un coup, l’île de Mangareva barre l’horizon. Nous sommes arrivés au bout de la longue route, aux Gambier, et sans doute au bout du monde.

Quand la montagne pointue émerge devant nous, le soleil s’éclipse tout juste. A 18 h, il est trop tard pour s’approcher de la terre et inenvisageable d’emprunter, dans la plus totale obscurité, la passe sud-est. Une nuit de plus en mer… On fait patienter Balanec en réduisant la toile au minimum et rebroussons chemin pour éviter l’obstacle de roc. Pendant cette ultime veille, nous feuilletons quelques guides nautiques sur Rikitea, le chef-lieu des Gambier et mouillage d’atterrissage. « Pas de marché, pas de rayon légumes, juste du chou en vente ». Oh ! « Pas de banque ». Mince, on n’a pas un seul franc pacifique en poche ! « Gasoil en vente sur la goélette-cargo qui livre toutes les 3 semaines ». Pourvu qu’elle ne soit pas passée hier ! Un instant, Jean-Marie et moi nous regardons et nos pensée s’entrechoquent. Mais on arrive où là ? Nous ne soupçonnons pas un millième des heureuses surprises qui nous attendent.

Gambier13052018-IMG_0064

Il ne manque que la couronne de fleurs

Sitôt ancrés devant Rikitea, les bateaux-copains viennent nous accueillir et, impatients, nous sautons sur le débarcadère. Comme c’est bon de se dégourdir les jambes ! Pourtant, au bout de 50 mètres, elles flageolent comme des spaghettis trop cuites. Au fur et à mesure que nous enfilons la rue principale, les saluts se multiplient. Les Mangaréviens nous disent bonjour, un par un ; certains viennent même nous serrer la main, se présentent et, en nous tutoyant – le vouvoiement ne s’utilise pas – nous souhaitent la bienvenue !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pluie de pamplemousses

Étourdis par cette gentillesse, éblouis par les fleurs qui débordent des jardins et stupéfiés par la quantité de pamplemoussiers, nous allons de ravissement en ravissement. Gros comme des melons, les pamplemousses jaunes et verts s’épanouissent en grappes dans les arbres ou jonchent les gazons. De jour en jour, nous parcourons les rues secondaires et découvrons des maracujas, des goyaves, des citrons, des oranges acides, des fruits à pain, des bananes, des noix de coco… Plus haut, sur la route de la montagne, les buissons regorgent de framboises sauvages et, en saison, on a la chance de cueillir litchis et ramboutans. Quand les arbres croulent sous le poids des fruits, il suffit de demander aux maisons et l’on cueille autant que nécessaire. Quel plaisir de croquer dans ces agrumes juteux aux goûts nouveaux !

Akamaru25052018-DSCN2898

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La vie de village

La première semaine se passe en formalités diverses. A la gendarmerie, nous faisons notre entrée sur le territoire polynésien ; à la mairie, nous obtenons la résidence polynésienne ; à la poste, nous ouvrons un compte bancaire… Nous nous installons petit à petit dans ce village de 1600 habitants, le plus peuplé des Gambier. Une école primaire, un collège, un lycée technique, un docteur pour les quelques prochains mois – depuis 2 ans, le centre médical était géré par des infirmiers – quatre supérettes, un boulanger – baguette française ! – quelques fermes maraîchères, beaucoup de fermes perlières et une cathédrale !

Gambier11052018-IMG_0043

Saint-Michel-de-Rikitea

Gambier13052018-IMG_0070

Choeur décoré en nacre

Saint-Michel-de-Rikitea, avec son parterre pavé et son somptueux retable de nacre, serait le plus grand édifice religieux de Polynésie. Au cours du XIXe siècle, pendant près de 50 ans, l’évangélisation fit pousser plusieurs églises sur l’archipel ; étouffées par les palmiers, celles-ci campent dorénavant sur des îlots quasiment rendus à la nature. A Rikitea, nous glanons un maximum d’informations – à la jaille les guides obsolètes ! – au travers des conversations en français et en mangarévien. Si ici c’est beau, tranquille et verdoyant, on nous assure que les îlots coralliens et les autres îles hautes des Gambier sont encore plus paradisiaques. On n’est pas près d’être « arrivés  » !

Akamaru26052018-IMG_0104

Traversée du Pacifique : la belle parenthèse

Galapagos17042018-IMG_0114Un mois en mer, 4000 milles nautiques, 7000 km, 1000€ de vivres, 250 litres de gasoil. Tels sont les chiffres éloquents de cette Transpacifique entre le Panama et la Polynésie française. Mais que fait-on pendant tout ce temps ?

« Vous ne vous ennuyez jamais ? » C’est, de retour d’une circumnavigation, l’une des questions des journalistes qui agaçait le plus Éric Tabarly. Ce à quoi l’officier de marine – bien éduqué mais breton – répondait, avec la meilleure volonté du monde : « Non ». Lire la suite